Textes

Le prix du pain,
Libres propos d’un meunier assis sur un sac de farine.

« L’agriculteur a dû labourer, herser, puis semer et rouler…

L’industrie pulvérise en moyenne 7 fois : désherbant, régulateurs de croissance, engrais. Le cultivateur bio herse à nouveau.

Entre deux averses, moissonner, trier, souffler, sécher, stocker…
Le meunier a basculé le sac sur son dos, pour le verser dans la trémie. Les meules ont tourné, les godets élevés, le blutoir tamisé. La farine, enfin, ensachée.

L’industrie, entre deux cylindres aux aspérités adéquates, a broyé à toute vitesse, sans respect pour le germe, et la farine échauffée a été « améliorée », c’est-à-dire additionnée de conservateurs, gluten, colorants, insecticides, fongicides, accélérateurs de fermentation, rétenteurs d’eau
Le boulanger a chauffé son four, pétri la pâte, façonné les miches, cuit le pain…

L’industrie a préféré trimbaler une pâte approximative aux quatre coins de l’Europe, congeler, dégeler, cuire en plusieurs fois, recongeler au besoin…
Et le consommateur, le voilà un peu désorienté face à ses choix.

Ça ne coûte pas très cher de s’empoisonner, et d’enrichir au passage l’industrie médicale et pharmaceutique, pour des problèmes d’allergie, de transit, d’obésité…

Ça coûte un peu plus cher de permettre au cultivateur honnête, au meunier honnête, au boulanger honnête de nouer les deux bouts.
Qu’un seul des paramètres change, de la météo au cours mondial des céréales, du coût de l’énergie aux modes, et le prix du pain, nécessairement, va évoluer, sans que ni le cultivateur, ni le meunier, ni le boulanger, ne s’enrichissent.

Cette augmentation se mesure en centimes pour peser, au bout de l’année, le prix, par exemple, d’une consultation chez le médecin, d’un demi-plein d’essence, d’une recharge de téléphone portable, de cinq ou dix paquets de cigarettes, que sais-je, choses dont je peux me passer.
Mais le pain je ne veux pas m’en passer.
Je veux qu’il soit sain, je veux qu’il soit passé par la main du cultivateur consciencieux, du meunier précis, du boulanger fier de son travail. Je veux qu’il « tienne » éventuellement plusieurs jours. Je le veux savoureux, consistant et sain.
A l’heure qu’il est, j’ai encore le choix.
Il y aura toujours du pseudo-pain, même pendant les guerres il y en avait. Ersatz, on le nommait, lors de la dernière. Ce n’est pas sûr qu’il y aura toujours du vrai pain. Parce qu’il est plus cher, pense-t-on, oubliant qu’il est le résultat d’un processus qui a demandé plus de travail, plus de temps, à plus de monde et qu’il est, à bien des égards, le meilleur médicament préventif, et un héritage à sauvegarder, pour mieux le partager… ».

Benoit, moulin de Cherain (Gouvy)


 

Pourquoi ils ne font pas plus au Jour du pain?

On se recentre sur le pain, sans extra.
Pourquoi ?

Depuis mi-septembre 2018 le cramique et cra-choc ont disparu de l’étalage. Les biscuits aussi.

Rassurez-vous, ce n’est pas l’envie de vous priver de gourmandises sucrées à l’entrée de l’hiver qui nous motive.

Plutôt le besoin de ralentir le rythme de nos journées de production pour tenir le coup physiquement, ne pas se dégoûter. On connaît tous cette spirale infernale qui consiste à vouloir en faire PLUS, toujours PLUS pour gagner PLUS de sous, satisfaire PLUS de clients…et dans quel but ? Finir épuisés car on ne respecte pas ses limites. Non, cette logique productiviste / capitaliste n’est pas la nôtre. Yoann et moi n’avons pas envie d’en arriver là. On a envie de continuer à faire ce travail avec enthousiasme et bonne humeur.

Pourtant ils ne font que 2 jours de boulangerie par semaine…

2 jours de cuisson par semaine, cela représente 36h de travail ! Sans compter l’administratif, la comptabilité, le contact clients et fournisseurs, etc.

Je me rends compte que les clients ne réalisent pas bien ce que représente une journée de travail au Jour du pain. Pour mieux se comprendre, voici un aperçu :

Mardi et jeudi (veille du jour de cuisson)

  • Midi et 18h : on rafraîchit le levain (çàd on le nourrit d’eau et de farine pour l’activer et augmenter sa quantité).
  • 20h30 – 21h30 : on relève toutes les commandes – on calcule et organise le nombre de fournées qui seront nécessaires pour cuire les réservations et les pains en vente libre : 4 fours le mercredi, 5 fours le vendredi.
  • 21h30 – 23h30 : on est à l’atelier pour préparer la 1ère pâte à pain (pétrissage et façonnage), on huile les moules, on pèse les graines, on rafraîchit le levain, on prépare le four, …
  • 23h40 : au dodo pour une courte nuit…

Mercredi et vendredi

  • 3h30 : aaarrrrgh le réveil sonne, debout boulanger !
  • 3h45 : le four est allumé, le pétrin tourne, la journée d’atelier débute et se poursuivra à un rythme soutenu jusque +/- 14h30 le mercredi, +/- 15h30 le vendredi.
  • 15h30 – 18h : vente à l’atelier

Les extras sucrés que nous proposions venaient remplir beaucoup de petits trous dans nos journée de production… 2 x 10 minutes de pause sur 11h d’atelier, c’était trop peu.

Plus de sucrerie donc de manière régulière… à la place, on souffle un peu plus :-)

Merci pour votre compréhension.
Julie & Yoann